26 avril 2006

Un malheureux qui a un savoir...

Un malheureux qui a un savoir est doublement malheureux

JMD

25 avril 2006

Le rêve d'être Déguignet ou n'importe quel autre "paysan bas-breton"

[...] je ne me sens pas proche des autres pays celtiques (bien que bretonnant et Breton convaincu) : quand je rencontre des Irlandais ou des Ecossais, je ne me sens aucun rapport culturel avec ces gens-là. Ils sont charmants au demeurant, mais je veux dire que je ne sens absolument pas le "cousinage" que l'on nous impose.

Cependant, au niveau commercial, le mot "celtique" fait vendre (beaucoup) grâce à l'imagerie sous-jacente : le cycle arthurien, Brocéliande, la verte Erin, les Highlands, etc. Et si nous avons tous en nous le rêve d'enfant d'être Brian Boru ou Lancelot, aucun n'a jamais fait le rêve d'être Déguignet ou n'importe quel autre "paysan bas-breton".

aleks, sur le forum www.kervarker.org

24 avril 2006

Lettre au docteur Koffec

Voici encore une lettre que je viens d’adresser à un certain monsieur Josset, médecin, qui lit en ce moment mes manuscrits, lequel me demandait l’autre jour combien de pages je pourrais écrire par jour, en même temps qu’il me disait qu’il trouvait mon écriture difficile à lire.

Monsieur le Docteur,

Vous me demandiez, l’autre jour, combien de pages je pourrais écrire par jour. J’en écrirais bien cent si ma main pouvait suivre ma pensée. Vous trouvez que mon écriture est difficile à lire, c’est possible. Cependant, Le Braz Anatole ex-professeur au lycée de Quimper, poète, littérateur, celtisant, jésuite, hypocrite, traître, lâche et voleur, qui m’escroqua 24 manuscrits, trouvait que j’écrivais très lisiblement et dans un style très particulier et étonnant. L’avocat Le Bail et d’autres encore m’en ont dit autant. Il est vrai que les manuscrits que vous avez en ce moment ont presque tous été écrits en hiver dans un trou de 6 mètres cubes, alors que je grelottais de froid accroupi sur mon grabat de fougères. Je n’écris du reste que pour me raconter à moi-même l’histoire de ma longue vie, si pleine de péripéties, sans me préoccuper de ce que pourront devenir mes manuscrits. Monsieur Koffec doit avoir encore chez lui la Vie de Jésus et les Explications des mythes, cultes et religions qui sont mieux écrits, étant écrits en des temps plus favorables. Quand on écrit que des vérités, il n’est pas besoin de chercher longtemps. Je n’ai jamais mis les pieds dans aucune école, par conséquent je n’ai pas appris la rhétorique, c’est-à-dire l’art de parler longtemps sans rien dire, et d’écrire des pages et des volumes dans lesquels on ne trouve rien que des phrases toujours et encore des phrases. C’est dans ces galimatias de rhéteurs que nos députés perdent leur temps et leur raison, s’ils en ont, à ne rien faire, sinon à faire remplir les colonnes des journaux que personne ne lit. Quand il leur arrive au bout de plusieurs mois de chicane, de blague et de disputes de fabriquer une loi quelconque, ils s’aperçoivent le lendemain qu’ils ont fait une loi imbécile et blagueront encore pendant plusieurs mois pour remplacer cette loi imbécile par une idiote et scélérate. Il y a longtemps que l’on parle de fabriquer une langue universelle unique. Ce serait difficile de la faire adopter partout. Mais en France on pourrait bien en fabriquer une facile, claire, laconique, semblable à celle que Lacédémone, fils de Jupiter, fabriqua pour ses sujets ; une langue dans laquelle on ne pourrait plus mentir, ni parler sans rien dire, une langue épurée de toutes ces langues occultes et obscures, de la théologie, de métaphysique, de psychologie et autres koc’hkiologie inventées par les charlatans, les fripons et les tyrans pour aveugler et abrutir les gens, pour les tromper et les voler.

C’est par une de ces figures de rhétorique qui empoisonnent la langue française que le docteur a trouvé le moyen de me déclarer fou et a ainsi assassiné en moi toutes les facultés intellectuelles et morales, m’a mis hors la loi et hors l’humanité. Ah ! si j’avais été seul à porter mon nom, je me serais bien moqué d’être chassé de cette humanité dans laquelle je n’ai trouvé que trois ou quatre êtres humains, tous morts victimes de leur humanité. Mais cette horrible flétrissure dont le docteur m’accable rejaillira sur mes descendants jusqu’à la dixième génération, et c’est dans ceux-là que je souffre en ce moment plus qu’en moi-même. Et il y a des gens qui disent que la littérature, la poésie et la musique adoucissent les mœurs ! Le docteur Koffec dit aimer la littérature, la poésie et la musique, ce qui ne l’a pas empêché de perpétrer sur moi, brave et honnête citoyen, le plus horrible des crimes. Il est vrai que Néron aimait aussi la littérature, la poésie et la musique. Torquemada et Dominico envoyaient leurs victimes à la torture en chantant de belles poésies sacrées. Louis XIV aimait fort la littérature, la poésie et la musique et faisait massacrer des millions de Français pour plaire à madame de Maintenon. Drumont, Judet, Millevoye et autres confrères aiment aussi la littérature et demande à ce qu’on fasse des saucisses, des andouilles, des jambons et des boudins avec tous les juifs, les protestants, les francs-maçons et les libres-penseurs. Je sais bien que d’après le Code civil français, les parents seuls ont le droit de demander l’interdiction sur laquelle le tribunal peut seul se prononcer. Et l’accusé est admis à se défendre, et si le tribunal ne le reconnaît pas fou, c’est l’accusateur qui est condamné. Mais je sais bien aussi que dans ce Code civil il n’y a rien pour nous autres esclaves, serfs et parias, moins heureux en cela que les autres bêtes de somme, nos confrères, pour lesquels il y a plusieurs textes, tous en leur faveur. Nous ne sommes connus que par les lois militaires et le Code pénal. Votre vieille Thémis française est du reste, comme le farouche Jéhovah, dieu des juifs et des chrétiens : inutile de se présenter devant elle les mains vides. Mais je m’aperçois que je suis un peu prolixe, moi qui voudrais une langue claire et laconique. Mais ceci est la faute des grammairiens, des lexicographes et des rhéteurs qui nous fabriquent un jargon dans lequel il faut trente-six phrases de quarante lignes chacune comme en fait l’académicien Brunetière pour exprimer une seule pensée, et pour l’exprimer très mal encore. Vous êtes je crois un peu philosophe, Monsieur le docteur, alors vous comprenez l’horrible situation d’un brave et honnête citoyen mis hors la loi et hors l’humanité par le caprice de votre vieux collègue qui, après ce crime, vient encore se moquer de moi pour jouir sans doute de mes tourments à la façon des dieux, en me disant d’aller chercher du travail. Misérable tyran ! Commander à un vieillard de 68 ans, usé et meurtri par le travail, les persécutions et la misère d’aller chercher du travail, et cela dans une société d’où il m’a exclu ! Il sait bien cependant qu’il n’y a plus d’existence pour moi hors d’ici, à moins qu’il m’envoie aux aliénés puisqu’il m’a déclaré fou. Mais il craint peut-être que le médecin de cet établissement ne soit pas d’accord avec lui à mon sujet, car celui-là est un spécialiste en phrénologie. Et nous sommes en République démocratique sous laquelle un simple commis de la préfecture, un nommé Baron, a pu me priver depuis 15 ans de la moitié d’une modique pension gagnée à la sueur de mon front et en versant mon sang sur les champs de bataille ; et maintenant un médecin a pu, par caprice, me mettre hors la loi et hors l’humanité, me condamnant à mort avec dégradation civique.

Lettre adressée au médecin Josset, le 1er juillet 1902.

Histoire de ma vie, page 734

13 mars 2006

Un Riche en Bretagne, par Tristan Corbière


C’est le bon riche, c’est un vieux pauvre en Bretagne,
Oui, pouilleux de pavé sans eau pure et sans ciel !
— Lui, c’est un philosophe-errant dans la campagne ;
Il aime son pain noir sec — pas beurré de fiel...
S’il n’en a pas : bonsoir. — Il connaît une crèche
Où la vache lui prête un peu de paille fraîche,
Il s’endort, rêvassant planche-à-pain au milieu,
Et s’éveille au matin en bayant au Bon-Dieu.
— Panem nostrum... — Sa faim a le goût d’espérance...
Un Benedicite s’exhale de sa panse ;
Il sait bien que pour lui l’œil d’en haut est ouvert
Dans ce coin d’où tomba la manne du désert
Et le pain de son sac...
Il va de ferme en ferme.
Et jamais à son pas la porte ne se ferme,
— Car sa venue est bien. — Il entre à la maison
Pour allumer sa pipe en soufflant un tison...
Et s’assied. — Quand on a quelque chose, on lui donne ;
Alors, il se secoue et rit, tousse et rognonne
Un Pater en hébreu. Puis, son bâton en main,
Il reprend sa tournée en disant : à demain.
Le gros chien de la cour en passant le caresse...
— Avec ça, peut-on pas se passer de maîtresse ?...
Et, — qui sait, — dans les champs, un beau jour, la beauté
Peut s’amuser à faire aussi la charité...

— Lui, n’est pas pauvre : il est Un Pauvre, — et s’en contente
C’est un petit rentier, moins l’ennui de la rente.
Seul, il se chante vêpre en berçant son ennui...
— Travailler — Pour que faire ? — ... On travaille pour lui.
Point ne doit déroger, il perdrait la pratique ;
Il doit garder intact son vieux blason mystique.
— Noblesse oblige. — Il est saint : à chaque foyer
Sa niche est là, tout près du grillon familier.
Bon messager boiteux, il a plus d’une histoire
À faire froid au dos, quand la nuit est bien noire...
N’a-t-il pas vu, rôdeur, durant les clairs minuits
Dans la lande danser les cornandons maudits...

— Il est simple... peut-être. — Heureux ceux qui sont simples !...
À la lune, n’a-t-il jamais cueilli des simples ?...
— Il est sorcier peut-être... et, sur le mauvais seuil,
Pourrait, en s’en allant, jeter le mauvais œil...
— Mais non : mieux vaut porter bonheur ; dans les familles,
Proposer ou chercher des maris pour les filles.
Il est de noce alors, très humble desservant
De la part du bon-dieu. — Dieu doit être content :
Plein comme feu Noé, son Pauvre est ramassé
Le lendemain matin au revers d’un fossé.

Ah, s’il avait été senti du doux Virgile...
Il eût été traduit par monsieur Delille,
Comme un « trop fortuné s’il connût son bonheur... »

— Merci : ça le connaît, ce marmiteux seigneur !


(Tristan Corbière, Les Amours jaunes)

07 février 2006

Comment ? vous étiez sous-officier il y a quelques jours, et vous venez vous rengager comme simple soldat ?

Avant d’arriver là, j’eus soin d’arracher mes galons de sergent et d’effacer toutes traces de grade. J’aurais bien voulu les effacer aussi sur mes états de service, mais cela m’était impossible. En arrivant, j’allai directement chez le gros major déposer mes papiers et voir dans quelle compagnie je devais aller. Ce gros major avait l’air d’un vrai brave homme. C’était un noble car je voyais sur sa porte : Carré de Busserolles. Il me reçut avec une affabilité toute paternelle. Lorsqu’il eut jeté les yeux sur mes papiers il fit un brusque mouvement et me regarda en face en me disant : « Comment ? vous étiez sous-officier il y a quelques jours, et vous venez vous rengager comme simple soldat, que veut dire cela ? ». Alors, je lui explique bravement mes raisons, celles qui m’avaient obligé à quitter le 26e, en lui disant que désormais ce cas ne se présenterait plus pour moi, car jamais plus je ne serais ni caporal, ni sous-officier. 

« C’est incroyable, dit-il, ce que vous me dites là. Vous avez sans doute beaucoup de punition et peut-être vous craigniez d’être cassé et vous avez préféré prendre votre congé.
— Vous verrez, lui dis-je, bientôt ma feuille de punition que vous allez demander au colonel du 26e avec des renseignements sur ma conduite dans ce régiment. Ma feuille de punition doit être blanche, car les quatre jours de salle de police qu’on m’infligea quelques temps avant mon départ et qui furent la cause principale qui m’a fait quitter ce régiment n’y ont même pas été inscrits.
— Diable, diable, dit le bonhomme, de plus en plus incroyable. Et alors, vous ne voulez plus être gradé ?
— Non jamais, monsieur le major, si j’avais voulu avoir mon grade de sergent, je n’aurais qu’à retourner au 26e, mais je n’en veux plus. Mais vous pourrez compter un bon soldat de plus au régiment. Ce que je demande, c’est d’aller le plus tôt possible rejoindre les bataillons de guerre, là-bas en Afrique, où je serai sans doute plus utile qu’ici. »

Mais il ne pouvait m’envoyer là-bas que lorsqu’on formerait un détachement, puis il me dit :

 — Je vais vous placer à la deuxième compagnie, là vous serez avec un bon vieux capitaine, j’espère bien que vous ne persisterez pas à rester simple soldat. 

Je me rendis à la deuxième compagnie avec un simple billet que le gros major m’avait donné pour le sergent-major. Quand j’entrai chez ce dernier, tous les sergents de la compagnie s’y trouvaient. L’un d’eux dit de suite :

« Tiens, voici un vieux troupier, qui nous arrive.
— Oui, dis-je, un troupier qui a déjà sept ans de services et quatre campagnes.
— Oui je vois ça, dit-il, vous avez deux médailles. Et comment vous n’êtes que simple bibi après tous ça ?
— Non, rien que simple bibi comme vous dites. Que voulez vous, tout le monde ne peut pas être gradé au régiment, autrement il n’y aurait plus de soldat !
— Oh, parbleu, dit un autre vieux sergent, ça doit être encore quelques mauvais sujet criblé de punitions, c’est pour ça qu’il a quitté son régiment pour venir chez nous, croyant qu’on ne connaîtra pas ici sa mauvaise conduite passée. »

Là dessus, chacun l’approuva. Mais le sergent me fit la demande habituelle, celle qu’on adressait alors à tout homme arrivant au corps : à savoir si je voulais verser quelques sous à ma masse. Mais avant qu’il eût achevé, j’avais déposé 40 francs sur son bureau en disant : 

« Voilà, major, ma première masse, tout mauvais sujet que je suis où que j’ai été, j’ai toujours eu ma masse complète et je tiens à l’avoir ici comme dans mon autre régiment. C’est là un premier bon point que les chefs de compagnie accordent ordinairement à leurs hommes. 
— Oui, oui, dit le sergent, c’est très bien ça pour commencer.
— Eh bien, dis-je, plus tard vous verrez ce qu’est ce mauvais sujet. Maintenant je vais à mon escouade. Je n’ai pas besoin de vous demander laquelle, par ma taille, j’ai toujours été huitième.
— Oui, oui, dis le major, allez à la huitième escouade. »

En arrivant là, je ne trouvai que de jeunes recrues, de jeunes gens poitevins dont pas un ne parlait le français. Le caporal était un Corse, un vieux déjà, il avait un chevron : un de ces types de vieux caporaux dont il y avait tant alors, embarrassé et empêtrés partout, ne connaissant ni théorie, ni règlements ni rien du devoir d’un caporal ; et ne pouvant ni causer ni s’expliquer sur quoi que ce soit.

Je les fis tous descendre à la cantine pour leur payer une bonne rasade d’entrée. Le lendemain, après le rapport, on me demanda chez le sergent major. Le capitaine y était, un pauvre vieux poitrinaire qui sentait déjà le sapin. Le sergent-major avait déjà reçu mes états de services. Le capitaine me dit : vous êtes un ancien sous-officier, le gros major m’a parlé de vous et m’a dit de vous engager de vous porter de suite élève caporal, qu’il vous donnera la première place qui se présentera et ensuite vous serez bientôt sergent à nouveau.

« Non, mon capitaine, c’est inutile, je l’ai déjà dit au gros major lui-même : je ne veux plus être que soldat. Ce que je demande c’est d’aller le plus tôt possible en Afrique rejoindre le Régiment c’est [pour] cela que je suis dans votre corps. Seulement en attendant je ne resterais pas inactif ici, mon tempérament veut toujours du mouvement, de l’activité. J’irai si on me le permet aider le maître d’armes, et au besoin le maître de danse, à donner des leçons aux jeunes soldats, ce sont là des exercices qui servent mieux, je le sais, par moi-même, à dégourdir et à développer les membres noués et raides des jeunes gens, que les exercices du fusil.
— Vous avez raison, dit le vieux poitrinaire, mais alors réellement vous ne voulez plus être gradé ?
— Non, mon capitaine, j’ai dit. »

Le capitaine parti, je dis au sergent-major que je tenais autant cela serait possible à ce que personne dans la compagnie ne sût jamais que j’ai été sous-officier.

« Je sais bien lui dis-je, que le sergent de ma section sera obligé de le savoir puisqu’il doit avoir sur son carnet de sergent les états de service et la conduite de chacun de ses hommes ; mais il pourra bien lui aussi garder ça pour lui.
— Garder ça pour lui ? dit le major. Eh bien oui ! la première chose qu’il fera celui-là, quand il le saura, sera de le publier partout. D’abord quel intérêt avez-vous à cacher cela ?
— Pour moi, il n’y [en] a aucun, mais je parle surtout pour les caporaux, lesquels venant à savoir que je suis un ancien sous-officier seraient portés à avoir des égards pour moi et pourraient hésiter à me commander certaines choses.
— Quelles drôles d’idées vous avez, me dit-il, je n’ai jamais vu un homme semblable !
— Ni moi non plus major, je le cherche, mais je désespère de ne jamais le rencontrer. »

Enfin, lorsque je fus réarmé et quand j’eus mis mes effets en ordre, j’allai trouver le maître d’armes pour lui offrir mon concours. Celui-ci était aussi un vieux sergent ; aussitôt, il me mit à l’épreuve et quand il vit que je travaillais assez bien, il voulut bien m’accepter comme aide. Il en avait bien besoin car il était seul maintenant, tous ses prévôts étaient partis en Afrique avec le bataillon de guerre. J’avais donc trouvé de l’occupation de suite et de la bonne, car c’est un rude métier l’escrime, surtout pour le professeur : rester toute la journée sur la planche à se remuer les bras et les jambes, et à s’égosiller à expliquer les leçons. Le maître devint bientôt mon ami, et souvent le soir et le dimanche nous allions ensemble en ville donner encore des leçons à un certain nombre de jeunes riches qui voulaient s’exercer à l’escrime. Mais chaque fois que le gros major me rencontrait, il m’arrêtait, voulant toujours me nommer caporal ; cependant, sur mes refus réitérés, il finit par me laisser tranquille.

Quand les sous-officiers de la compagnie eurent enfin appris forcément que j’étais un ancien sous-off, ils voulurent bien me faire des excuses d’avoir porté sur moi des jugements téméraires. Cela ne me touchait guère, pas plus que je n’avais été surpris de leurs jugements « téméraires ». Il y avait longtemps que je connaissais les vieux sous-offs de ce temps, tous plus ou moins ignorants en toutes choses, mais surtout en politesse. Ce qu’ils trouvaient le plus drôle, comme le sergent-major, c’était mon refus de redevenir sous-officier : ils ne pouvaient pas comprendre cela.

Histoire de ma vie, p. 260 sqq.